L’histoire de Marc est celle d’une situation réelle, et elle résonne avec de nombreuses expériences que j’ai moi-même traversées au fil de mon parcours professionnel.
Elle illustre ce qui arrive lorsqu’un professionnel n’ose pas dire non : il finit par s’enfermer dans une relation déséquilibrée, où silence et évitement deviennent la norme.
Un projet simple… en apparence
Marc est imprimeur.
Son ami Thomas lui parle de sa compagne, Sophie, qui a besoin de cartes de visite pour son activité.
Plutôt que de lui proposer un catalogue standard, Marc décide d’y consacrer du temps et de l’attention : il crée trois propositions de design sur-mesure, adaptées à l’image de Sophie.
Sophie reçoit les propositions et répond qu’elles l’intéressent.
Marc lui demande alors si elle souhaite qu’il explore d’autres pistes ou si l’un des trois modèles lui convient pour finalisation et impression.
C’est à ce moment que la situation bascule.
Silence, flou et relances
Sophie ne répond pas.
Marc, d’abord patient, relance avec douceur. Après tout, il s’agit de la compagne de son ami. Il suppose qu’elle est simplement occupée.
Mais les jours passent, puis les semaines. Marc envoie un nouveau message, toujours sans réponse.
Entre-temps, Thomas – l’ami de Marc – lui assure que Sophie souhaite toujours faire ses cartes de visite avec lui.
Pourtant, Sophie, elle, reste silencieuse.
Pour relancer la dynamique, Marc finalise l’une des cartes et l’envoie à Sophie, accompagné d’un message lui précisant qu’il peut ajuster ou imprimer dès qu’elle le souhaite.
Aucun retour. Ni par mail, ni par SMS, même après une dernière relance.
Quand le professionnel refuse de poser un non
Marc est enfermé dans une double difficulté :
- Professionnelle : il a consacré du temps et de l’énergie à une cliente qui ne respecte pas les règles élémentaires d’un échange professionnel : répondre, valider ou au moins exprimer un doute.
- Personnelle : le lien avec Thomas l’empêche de poser une fin claire, par peur de créer un malaise dans sa relation amicale.
Résultat : Marc attend. Il évite de clarifier. Il s’installe, sans s’en rendre compte, dans une posture qui le fragilise.
Décryptage : la fuite partagée
Le silence de Sophie n’a rien d’exceptionnel.
Il révèle une difficulté à formuler un refus clair, surtout quand une relation personnelle parasite la relation professionnelle.
Plutôt que d’assumer un « non », même poli, Sophie préfère disparaître.
De son côté, Marc préfère relancer encore et encore plutôt que d’acter lui-même la fin de la collaboration.
Chacun fuit la situation.
Mais c’est Marc qui en paie le prix :
Il consacre du temps à relancer.
Il absorbe tout le malaise.
Il entretient une attente toxique.
Il se dévalorise aux yeux de Sophie, qui pourrait percevoir ce comportement comme une forme de soumission.
Manipulation douce et transfert de responsabilité
Sans forcément le vouloir, Sophie utilise une manipulation douce.
Elle ne dit pas non, ne valide rien, et laisse à Marc la responsabilité de la rupture.
Si Marc décide d’arrêter, c’est lui qui "porte" la décision.
S’il continue de relancer, Sophie reste confortablement silencieuse, sans rien avoir à assumer.
Ce type de dynamique apparaît souvent lorsque le cadre professionnel n’a pas été posé dès le départ.
Ce que Marc aurait intérêt à faire
1. Intégrer une date butoir dans chaque devis
Dès la première proposition, il est indispensable de fixer une date limite de validité :
« Ce devis est valable jusqu’au [date]. Sans retour signé à cette date, il sera considéré comme annulé et les créneaux de production seront libérés. »
Cela encadre le projet sans agressivité.
2. Encadrer chaque étape de validation
Lors de l’envoi des trois propositions de design, Marc aurait pu ajouter :
« Merci de me faire part de votre retour avant le [date], afin de finaliser la création. Sans retour à cette date, je considérerai que vous ne souhaitez pas poursuivre le projet. »
Cela place la balle dans le camp du client, tout en protégeant le professionnel.
3. Protéger son temps et sa dignité professionnelle
Plutôt que de relancer à l’infini, un dernier message clair suffit :
« Sans retour de votre part d’ici le [date], je considérerai que vous ne souhaitez plus donner suite à ce projet et je clôturerai le dossier. »
Ce que cette situation nous apprend
1. Accepter que certains clients fuient le conflit
Ce n’est ni personnel, ni exceptionnel.
Certains clients préfèrent disparaître plutôt que dire non.
Ce n’est pas un rejet du professionnel, mais une incapacité à gérer la situation.
2. Ne plus avoir peur d’être ferme
Poser une limite claire, c’est souvent la meilleure façon de préserver la relation personnelle.
3. Revaloriser son temps et son savoir-faire
Le temps passé à courir après un client fantôme est un temps perdu pour les vrais clients.
La vraie relation équilibrée, c’est celle où chacun prend sa part de responsabilité — y compris celle de dire non.
Conclusion
Dire non à une relation professionnelle dysfonctionnelle, ce n’est ni rompre une amitié ni manquer de respect.
C’est se respecter soi-même.
C’est rappeler qu’une relation commerciale repose toujours sur un engagement mutuel.
Un client qui respecte votre travail vous répond.
Un client qui ne répond pas n’a pas peur de vous perdre.
Pourquoi, dans ce cas, auriez-vous peur de le perdre ?