Danser sur la guerre, chanter l’inceste : bienvenue en soirée festiiiive !

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Et si votre peur ne venait pas de votre projet, mais de vous ?
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C'est samedi soir, la fièvre nous appelle.

On a 20 ans. On se fait beaux et belles, on se maquille, on se parfume. On se prépare pour une nuit de folie, où seule compte l’ivresse du moment.
La musique est forte, les basses vibrent dans nos corps. On lève les bras, on chante, on danse.

J’ai été DJ pendant 15 ans. J’en ai mixés, des titres.
J’ai vu des foules se déchaîner, des refrains scandés à l’unisson, des chansons devenues hymnes de fête.

Et parmi elles, il y avait l’incontournable Sunday Bloody Sunday de U2, un passage obligé dans la série « Rock ».

Un morceau puissant, avec sa batterie martiale, ses guitares tranchantes, son énergie brute. Je l’ai joué souvent. J’ai vu des gens sauter, crier les paroles, emportés par l’élan collectif.

Avant d’être DJ, j’étais guitariste et chanteur.
J’avais pris le temps de travailler de nombreuses chansons, d’approfondir la musique au-delà du rythme et des mélodies.

C’est alors que j’ai découvert La Fillette de l’Étang de Daniel Balavoine.
Une ballade aérienne, envoûtante… jusqu’à ce que j’en écoute vraiment les paroles.

Et là, malaise...

La musique qui masque l’horreur

Tandis que la soirée célèbre la fête et l’insouciance, ces chansons racontent tout autre chose.

Sunday Bloody Sunday - U2
Broken bottles under children's feet / Bodies strewn across the dead-end street
(Des bouteilles brisées sous les pieds des enfants / Des corps jonchent la rue sans issue)

I can't believe the news today / Oh, I can't close my eyes and make it go away
(Je n'arrive pas à croire les nouvelles d'aujourd'hui / Oh, je ne peux pas fermer les yeux et faire comme si ça n'existait pas)


Cette chanson ne célèbre rien.
Elle parle du massacre du Bloody Sunday en Irlande du Nord, où des soldats britanniques ont ouvert le feu sur des manifestants pacifiques.
Et pourtant, on danse, on s'éclate dessus (Pardon...).

La Fillette de l’Étang - Daniel Balavoine
Que son amant c’est aussi son frère / Et qu’elle a toujours cru que ses parents étaient aussi frère et sœur avant d’être son père et sa mère / Ou peut-être bien le contraire

Une fillette de 12 ans, abusée par son frère, qui croit que c’est normal parce qu’elle pense que ses parents font pareil.
Et nous, on écoute cette chanson comme un classique de la variété française.

Pourquoi ce décalage entre paroles et musique ?

Si j’avais eu l’occasion, j’aurais aimé poser la question à Bono et à Balavoine.
Pourquoi ces choix musicaux ?

Pourquoi cette énergie presque galvanisante dans Sunday Bloody Sunday ?
L’utilisation du rock fait sens : c’est un style qui porte naturellement la colère, l’indignation.

Mais pourquoi cette mélodie qui donne envie de lever le poing et d’aller au combat ?

Était-ce une manière de donner plus d’impact au message ?

Et pour Balavoine...
Pourquoi cette douceur dans La Fillette de l’Étang, alors que son texte est d’une noirceur absolue ?

Était-ce un piège ?

Un moyen de nous forcer à écouter au-delà de la mélodie ?

Quand la musique rend l’horreur acceptable

Ce phénomène n’est pas isolé.
Combien de chansons fredonnons-nous sans en comprendre le sens ?

"Born in the USA" - Bruce Springsteen : souvent perçue comme un hymne patriotique, alors qu’elle critique la guerre du Vietnam.

"Every Breath You Take" - The Police : jouée dans des mariages alors qu’elle parle de harcèlement obsessionnel.

"Semi-Charmed Life" - Third Eye Blind : un morceau entraînant… sur l’addiction au crystal meth.

Le rythme nous emporte, la mélodie nous berce.
Les paroles passent à la trappe.

On danse sur Sunday Bloody Sunday
On fredonne La Fillette de l’Étang
On scande des tragédies sans même s’en apercevoir.

Combien de drames avons-nous chantés aujourd’hui ?

Peut-être que le message passe malgré tout.
Peut-être que ce contraste absurde entre paroles et musique nous force, un jour, à prêter attention.

Mais en attendant, la fête continue.

On danse sur la guerre.
On chante l’inceste.
Sans la moindre gêne...

Alors, combien de drames avez-vous fredonnés aujourd’hui ?

Ça vous parle ?

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